Les États-Unis ont investi 4,3 milliards de dollars dans des transactions liées aux terres rares en seulement cinq semaines.
Ce que le rythme de financement change réellement
Cet été, les investissements dans la chaîne d’approvisionnement occidentale en terres rares ont été plus rapides que jamais. Entre le 2 et le 26 juin 2026, le gouvernement américain a engagé près de 2,9 milliards de dollars de financement fédéral direct pour reconstruire une chaîne d’approvisionnement en terres rares et en aimants permanents hors de Chine. Les entreprises bénéficiaires ont, quant à elles, investi 1,4 milliard de dollars supplémentaires de leurs propres fonds : sept transactions, quatre programmes fédéraux, pour un total de plus de 4,3 milliards de dollars, annoncées en l’espace d’un seul mois.
Il est important d’analyser cette concentration en tant que telle, indépendamment de tout projet individuel évoqué dans nos articles précédents. La question n’est pas de savoir si elle a lieu – les preuves sont là – mais plutôt ce qu’une telle vague de financement change concrètement dans le calendrier que les acheteurs doivent prendre en compte, et ce qu’elle ne change pas.
Analyse détaillée des transactions
| Date | Canal | Montant | But |
| 2 juin | Terres rares des États-Unis (autofinancé + partenaires) | 1,2 milliard de dollars, plus jusqu’à 204 millions de dollars pour la filiale française | Nouvelle usine d’aimants NdFeB et de métaux raffinés dans le comté de Cherokee, en Caroline du Sud — objectif : 6 400 tonnes/an d’aimants et 5 000 tonnes/an de métal/alliage coulé en bande |
| 3 juin | Département du Commerce (Loi CHIPS) | Jusqu’à 1,6 milliard de dollars (277 millions de dollars de financement direct + 1,3 milliard de dollars de capacité de prêt) | Exploitation minière intensive de terres rares, de métaux et de chaînes de production d’aimants, notamment le gisement de Round Top, au Texas, prévue pour 2028 |
| 18 juin | Bureau des capitaux stratégiques du ministère de la Défense | 725 millions de dollars | Prêt à Energy Fuels pour une installation de séparation et de métallisation des terres rares |
| 18 juin | Bureau des capitaux stratégiques du ministère de la Défense | 500 millions de dollars | Prêt à Phoenix Tailings pour son « installation Freedom » (total d’environ 1 milliard de dollars avec des capitaux privés) |
| 22 juin | DOE (ARPA-E) | 72 millions de dollars | Deux programmes de recherche : accélération de la découverte de minéraux, développement national des aimants |
Quatre de ces cinq projets financés visent un démarrage en 2028 – un détail qu’il convient de retenir pour la suite de cet article.

Ouvrir les bases : un nouveau type d’accès aux infrastructures
Le 26 juin, l’armée américaine a annoncé autoriser quatre entreprises de traitement de minéraux critiques à construire des installations sur des bases militaires grâce à des baux de longue durée. C’est la première fois que le traitement de minéraux critiques est autorisé sur des installations fédérales. Parmi elles, REalloys construira une usine d’alliages de terres rares lourdes et d’aimants au dépôt militaire de Tooele, dans l’Utah, spécifiquement dédiée au traitement du dysprosium et du terbium, les deux éléments les plus directement liés à la qualité des aimants haute température. Ces baux mettent en œuvre un décret présidentiel de mars 2025 visant à développer la production nationale de minéraux pour la sécurité nationale. Le développement pourrait débuter dès 2027 et la mise en service initiale est prévue pour 2028.
Pour mettre en perspective le niveau d’exposition actuel des États-Unis : selon les données de l’USGS, le pays dépend à 67 % des importations de terres rares en général, et est totalement dépendant des importations pour le graphite naturel.
La dimension internationale s’est également élargie
Le 23 juin, l’UE, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Grèce ont rejoint le Forum Pax Silica, une initiative menée par les États-Unis visant à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement en minéraux et matériaux critiques indispensables aux technologies liées à l’IA. Ce forum regroupe désormais, aux côtés des États-Unis, l’Australie, la Finlande, l’Inde, Israël, le Japon, la Norvège, le Qatar, la Corée du Sud, Singapour, la Suède, les Philippines, les Émirats arabes unis et le Royaume-Uni – une coalition explicitement constituée pour réduire la dépendance aux chaînes d’approvisionnement chinoises, notamment pour les matériaux faisant l’objet de ce financement.
Le même mois, le contexte géopolitique s’est affiné.
Cette vague de financement n’est pas un phénomène isolé, lié aux tensions commerciales que nous avons déjà évoquées. Le 8 juin, les États-Unis ont inscrit 65 entreprises chinoises – dont BYD, NIO, EVE Energy et CALB – sur leur liste de la Section 1260H, leur interdisant ainsi de fournir le département de la Défense. La Chine a riposté le 22 juin en ajoutant dix entités américaines à sa propre liste de contrôle des exportations, dont deux des entreprises au cœur de cette vague de financement : MP Materials et USA Rare Earth. Il s’agit de la même mesure du 22 juin que nous avons traitée dans un précédent article de ce blog – un point important à souligner car il démontre que l’afflux de financement et la mesure de représailles se sont produits simultanément, et non comme deux événements distincts et sans lien entre eux.
Ce que change et ne change pas un rythme de financement plus rapide
Ce que cela change : un financement massif et concentré comme celui-ci accélère considérablement les premières étapes d’un projet (autorisations, ingénierie, construction initiale), contrairement à un financement plus lent et fragmenté. L’accès direct aux bases militaires constitue un levier véritablement nouveau qui n’existait pas avant le 26 juin. Par ailleurs, l’élargissement de la coalition internationale modifie le contexte diplomatique dans lequel les fournisseurs et les clients évaluent les risques.
Ce qui reste inchangé : quatre des cinq projets financés mentionnés ci-dessus visent 2028, et non cette année ni l’année prochaine. Les capitaux engagés en juin ne permettent pas de produire une seule tonne de dysprosium séparé ni un seul aimant fini plus rapidement que ne le prévoit le calendrier d’ingénierie et de construction. Comme l’indiquait le reportage initial sur cette vague de financement, le véritable enjeu n’est pas la disponibilité des fonds, mais la capacité de production acquise dans les délais impartis, et la question de savoir si le rythme des annonces de juin se maintient ou s’il s’agit d’un phénomène ponctuel.
Ce que cela signifie pour vos décisions d’approvisionnement
- Il ne faut pas interpréter les annonces de financement comme des annonces d’approvisionnement. Un déblocage de 4,3 milliards de dollars sur cinq semaines constitue certes un signal politique important, mais il s’agit d’un indicateur avancé des capacités de production en 2028, et non d’une modification de l’offre actuelle.
- L’usine de terres rares lourdes de Tooele, dans l’Utah, mérite d’être surveillée de près, notamment si vos applications dépendent du dysprosium ou du terbium pour les aimants haute température ; il s’agit de l’un des rares projets annoncés ciblant directement le traitement des terres rares lourdes plutôt que l’approvisionnement en terres rares légères (NdPr).
- Il faut s’attendre à ce que les tensions géopolitiques se poursuivent en parallèle du déploiement des financements , et non en remplacement de celui-ci. Le scénario de juin – une vague de financements américains et une contre-introduction en bourse chinoise simultanées – offre un aperçu plausible de l’évolution future de la situation.
Discutez de votre planification de la chaîne d’approvisionnement avec MagnetGlobal
Si vous vous demandez comment une augmentation des financements d’une part et la persistance des tensions commerciales d’autre part affectent vos délais d’approvisionnement, n’hésitez pas à contacter notre équipe . Nous suivons ces évolutions de près et serons ravis d’en discuter avec vous afin d’en comprendre les implications pour vos matériaux et applications spécifiques.
Cet article s’appuie sur des informations publiques disponibles début septembre 2026 et vise à fournir des informations générales, et non des conseils financiers ou d’approvisionnement. Veuillez vérifier les conditions actuelles de votre chaîne d’approvisionnement auprès de votre fournisseur avant de prendre toute décision d’approvisionnement.